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Quelques mots pour passer un coup de gueule. J’en avais déjà parlé il y a quelques semaines, Google ambitionne de numériser l’ensemble du patrimoine écrit édité par l’humanité. Si le projet en lui-même serait, -et est déjà- d’une aide inouïe pour les chercheurs du monde entier, il ne faudrait pas que ce procédé devienne mercantile et tronqué par une politique commerciale et c’est malheureusement ce qu’il est en train de se passer.
Ce n’est pas Google books (bien qu’il le soit aussi indirectement sur le long terme) qui est mis en cause mais Google Edition qui propose à la vente des livres dits « orphelins » (aux ayants droits disparus) ou simplement sous droits mais scannés dans des bibliothèques américaines, d’où la flopée de procès en jugement en ce moment notamment avec des maisons d’édition dont celle de la Martinière. Ce que fait Google est du piratage mais ce qui est encore plus dramatique c’est qu’elle s’attaque également à des biens publics.
La logique de profit n’a pas sa place ici, rien ne nous dit que des tarifs ne seront pas imposés plus tard pour avoir accès à ces ouvrages, alors qu’ils pourraient se contenter de l’argent déjà considérable qu’ils engrangent avec les recettes de la publicité. Il ne s’agit pas moins que de l’appropriation privée d’un patrimoine public et c’est particulièrement choquant. Le but n’est pas de constituer une banque mondiale du Patrimoine contrairement à ce qui a été annoncé mais bien de tirer profit de ces ressources.
Il faut savoir que Google impose des règles inacceptables aux bibliothèques avec qui elle passe des accords. Elle leur interdit par exemple d’exploiter les fichiers numérisés durant plusieurs décennies ou de les fusionner avec ceux d’autres bibliothèques, de même elle impose la confidentialité sur des clauses du contrat alors qu’elles utilisent un patrimoine public !!! ça va à l’encontre des règles de la concurrence, l’entreprise cherche non pas à assurer un monopole mais une exclusivité de commercialisation partiellement sur des biens publics et libres…
On est donc loin, très loin de « La République Universelle des Savoirs » comme annoncée un peu partout par l’entreprise californienne. Il s’agit bien d’une entreprise commerciale et pas d’une fondation à but non lucratif, seule entité, qui selon moi pourrait être en charge d’un tel projet.
Ne laissons pas notre savoir entre les mains de financiers ne recherchant que le profit.
Et oui le Patrimoine et la Culture seront en fête les 19 et 20 septembre 2009 avec les journées européennes du Patrimoine. Les grands monuments seront ouverts au public dans 49 pays.
Les journées du Patrimoine c'est 15772 sites ouverts en France, les samedi 19 et dimanche 20 septembre, sur le thème «Un patrimoine pour tous». Parmi eux, 3334 ouvertures exceptionnelles et 921 premières ouvertures inédites.
Alors profitez bien de cet évènement pour découvrir ou redécouvrir notre Patrimoine, nos musées ou nos services publics qui seront ouverts pour l'occasion.
Pour les éternels insatisfaits, c'est l'heure de revenir au débat sur la gestion du Patrimoine français considérée comme élitiste. On trouve à ce propos aujourd'hui dans le journal le monde une interview de l'historien de l'architecture et membre de la Commission Nationale des Monuments Historiques Jean Michel LENIAUD :
Que pensez-vous du système de protection de nos monuments historiques?
Le système des monuments historiques n’est pas adapté à la réalité architecturale du paysage. Il crée un système élitiste. La France a 43 180 monuments historiques protégés[contre 500 000 au Royaume-Uni, un million en Allemagne] et des moyens considérables pour restaurer un petit nombre de monuments. Mais on passe notre temps à les briquer. A force d’être trop briqués, ils perdent de leur authenticité.
Et qu’en est-il du reste du patrimoine français?
Le patrimoine, c’est d’abord le territoire du pays,et il est massacré. On bétonne l’équivalent d’un département français tous les dix ans. Rien ne va plus. C’est le fiasco complet de l’aménagement du territoire en relation avec le patrimoine.
On bâtit n’importe comment, de manière anarchique, au lieu de recentrer la ville et les villages sur eux-mêmes. Avec la décentralisation de l’urbanisme, les lotissements se sont développés,il y a partout des villages rues sans commerces, très chers en équipements publics. C’est l’un des problèmes majeurs.
Quel est le rôle des collectivités locales?
Les collectivités locales prennent de plus en plus d’importance. Mais ont-elles les moyens qu’on exige d’elles en matière de faune,flore,écosystème? Sur 37 000 communes, plus de 30 000 ont moins de 2000 habitants. Les maires ont des pouvoirs illimités. Mais, pour pouvoir en user, il faut être éclairé ou bien entouré.C’est le cas dans les grandes agglomérations – deux ou trois par département –, où se définit une politique de protection du patrimoine. La commune reste l’échelon idéal avec son plan local urbain (PLU) qui définit un équilibre entre le végétal, le bâti et les
innovations.
En juillet, l’« avis conforme» des Architectes des bâtiments de France (ABF), requis pour tout projet dans les 610 zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP), a été supprimé par le Parlement. Qu’en pensez-vous?
Chaque zone de protection a ses règles propres. Mais au sein de ces zones, l’aire de protection des 500 mètres autour d’un monument historique ne s’applique plus. Je suis pour le maintien de l’« avis conforme» de l’ABF. Il a un rôle central: il louvoie entre le maire, les projets immobiliters et les intérêts de chaque partie, aux enjeux souvent
vifs. Par ailleurs, les zones protégées ont 26 ans. Sont-elles toujours des outils maîtrisables ? Il est temps d’en faire le bilan.
Quels sont les points forts quevous voudriez voir adopter?
La politique du patrimoine suppose une approche globale. Or on a affaire à des politiques sectorielles
spécialisées. La direction des musées protège le patrimoine mobilier susceptible d’entrer dans les musées, tandis que celle du patrimoine se limite à l’archéologie, aux monuments historiques, avec une pincée d’ethnologie. J’attends de tous mes vœux une direction générale DES patrimoines. Il faut supprimer les directions sectorielles. Et, de façon plus générale, il faut inventer une démarche patrimoniale globale de l’aménagement du territoire. Les maires, livrés à eux-mêmes, ne sont pas armés pour refuser l’implantation d’éoliennes. Ni pour refuser ou accepter le passage des trains à grande vitesse, projet qui nécessite réflexions et concertations. Une politique patrimoniale suppose un rassemblement de points de vue complexes sur le territoire, la nature, l’agriculture. Or il n’y a plus de négociation préalable. On a tué la collégialité et le travail de discussion. L’esprit de la Ve République, le culte du chef, ce venin destructeur, se répand partout, jusque dans la moindre sphère de décision.
Qu’en est-il de la Charte de Venise, la «bible» du patrimoine, qui préconise dans toute restauration la conservation des strates de l’Histoire ?
Les architectes français ne sont pas du tout formés à ce concept qui vise à respecter les évolutions successives de l’histoire d’un bâtiment. Ils en restent à la manière de Viollet-le-Duc, à un retour au «dessin initial supposé».Très rares sont ceux qui adoptent une attitude "ouverte", à la manière anglaise ou italienne. Par exemple, en France, dans les projets de restauration des églises médiévales, on supprime les sacristies construites aux XVIIIe et XIXe siècles. Comme à Versailles, où on restaure le château tel que l’a laissé Louis XVI à son départ, en supprimant tout de Napoléon III et Louis-Philippe.
Que pensez-vous de la situation des architectes liés au patrimoine?
Le nombre d’architectes spécialisés dans le patrimoine est très restreint, car il n’y a pas d’enseignement des métiers du patrimoine dans les écoles d’architecture, hormis une ou deux exceptions, comme celle de Belleville. Il ne faut
donc pas s’étonner du peu de candidats, pas toujours à la hauteur, et souvent recrutés par un système de cooptation déguisé. En France, il y a un seul centre spécialisé [l’Ecole de Chaillot], et tout le monde est formé de la même manière. Sans pluralité des points de vue.
Propos recueillis par Frédéric Edelmann et Florence Evin
Ayant quitté ses fonctions pour devenir Ministre de la Culture, Frédéric Mitterand a annoncé dans la stampa du 7 septembre, le nom de son successeur à la tête de la Villa Médicis à Rome.
Il s'agit d'Eric de Chassey, professeur d'histoire des arts contemporains à Tours, spécialiste d'art abstrait et de photographie. Il a confié au Monde, son souhait de "pouvoir rassembler à la Villa Médicis ses activités d'historien d'art, de chercheur et d'organisateur d'expositions."
On lui souhaite donc une bonne route et bon courage dans sa lourde tâche de faire rayonner la Culture à la française.
Le coût de la numérisation serait a l'origine de cette décision puisque historiquement la BNF avait toujours refusée -son ancien président M. Jeanneney en tête- de négocier. Ce dernier parle aujourd'hui d'un "insupportable tête-à-queue" car son successeur en a décidé autrement.
Les choses ne sont cependant pas aussi simple et rien n'est fait puisque le Ministre de la Culture M. Frédéric Mitterand souhaite s'impliquer pleinement dans ce dossier. Il a d'ailleurs marqué son territoire en déclarant dans le Monde du 30 août 2009 :
"la BNF travaille dans le cadre de la politique arrêtée par le ministère de la culture [...] la décision qu'elle prendra aura un effet d'entraînement. La numérisation de tous les patrimoines doit se faire dans une garantie d'indépendance nationale absolue et de protection des droits d'auteur absolue. Cela tient à l'identité, à la mémoire collective et à un certain nombre de valeurs qui vont bien au-delà des aspects techniques"
D'où vient le problème me direz vous, si ils sont moins chers qui va s'en plaindre nous vivons à l'heure de la mondialisation. Oui mais là encore les choses ne sont pas si simples. L'entreprise américaine qui a déjà numérisé 10 millions d'ouvrages entend désormais les commercialiser, alors que plus de la moitié sont protégés par le droit d'auteur.
Google a fixé au 4 septembre la date butoir pour les éditeurs du monde entier : ils doivent dire s'ils acceptent, ou non, les termes d'un projet d'accord contre rémunération. L'Allemagne a déjà dit non, on attend la réponse de la France mais le Ministre semble du même avis que nos voisins germaniques.
Du point de vue du droit de la concurrence ce qu'a fait Google n'est pas "fair-play" car le projet ne devait pas être commercial à l'origine du coup aujourd'hui ils se retrouvent en quasi monopole ce qui déplait fortement à un groupement fraichement né au Etats Unis appelé Open Book qui s'oppose à ce projet et où on trouve des entités puissantes telles que Amazon, Microsoft ou Yahoo.
Du point de vue de la recherche la numérisation est essentielle, pour en faire très régulièrement moi même je peux vous dire que les recherches de livres numérisés sont beaucoup plus simple sur Google books que sur Gallica le portail numérisé de la BNF...
Sources:
Article du Monde du 1er septembre 2009 par Alain Beuve Méry
Plusieurs pays lancent présentement de grands projets muséaux un peu partout dans le "Monde Arabe". Bien que souvent sans traditions muséographiques, ces pays ont pris conscience de l'importance de la Culture et du Patrimoine, ainsi que de la manne financière qu'un musée moderne représente.
Alliant à la fois valeur économique et medium de diffusion culturelle nationale, on assiste à une veritable explosion de ces lieux culturels pour le plus grand plaisir des architectes:
A Alger, le MAMA ou Musée d'Art Moderne d'Alger occupe une ancienne galerie commerciale. Le bâtiment néo-mauresque de 1909 à été rénové pour l'adapter à ses nouvelles fonctions. Après un premier aménagement en 2007 de 4500 m2 dans le cadre de la désignation d'Alger comme capitale de la culture arabe, le musée à de nouveau fermé ses portes, afin de permettre la finalisation de l'aménagement de près de 13000 m2. Réouverture prévue à la fin de l'année 2009.
Au Qatar, par la volonté d'un seul homme, de nouvelles perspectives s'ouvrent pour un si petit pays. Animé par de grandes ambitions, le Cheikh Mohamed Ben Rached Al Maktoum souhaitant se détacher d'une image de pays producteur d'hydrocarbures et désireux de préparer l'après pétrole a lancé plusieurs projets.
Le Musée d'Art Islamique de Doha inauguré en 2008 construit par Ming Pei (le réalisateur de la pyramide du Louvre) et inspiré de la mosquée Ibn Touloun du Caire
et le musée du Louvre-Abou Dhabi, oeuvre de l'architecte Jean Nouvel et qui verra le jour en 2012-2013. Il est également à noter que c'est l'agence France-Muséum qui a la charge scientifique du projet. Promis j'arrête le chauvinisme pour aujourd'hui :)
On peut ajouter à ça que le Musée du Bardo de Tunis, abritant sans doute la plus belle collection de mosaïques antique au monde a commencé sa rénovation et son extension. Une nouvelle aile sera en effet ajoutée au musée actuel où six nouveaux départements verront le jour (Préhistoire, civilisation phénico-punique, civilisation numide, collection sous-marine de Mahdia, antiquité tardive et Islam).
On ne peut que se réjouir de ces nouveaux lieux de diffusion de la culture qui pourront sans aucun doute servir aux dialogues entre les civilisations.
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Je vous renvoie pour plus de précision sur l'architecture de ces musées à l'excellent article de Soumaya GHARSALLAH, d'Inès DIMASSI et de Ons SAKJI paru dans le n°18 de la revue ARCHIBAT (revue maghrebine d'aménagement de l'espace et de la construction) dont le site internet se trouve
ici, revue que je vous recommande chaudement soit dit en passant.
La gratuité de l’entrée dans les musées et monuments nationaux pour les Européens âgés de moins de 26 ans a été étendue à tous ceux de cette tranche d’âge qui résident dans l’un des vingt-sept pays de l’Union européenne (UE), quelle que soit leur nationalité, a annoncé, vendredi 31 juillet, dans un communiqué, le ministère de la culture et de la communication.
Cette gratuité, qui s’applique aussi aux enseignants français dans une cinquantaine de musées et une centaine de monuments nationaux, devrait coûter 30 millions d’euros pour l’année 2009.
Réparation donc de la première version qui était on ne peut plus discriminatoire pour les non européens. Les personnes à l'origine de la loi pensaient certainement à préserver la manne d'argent provenant du tourisme, mais ils avaient dans les faits "oublié" les millions de non européens qui habitent en Europe... lamentable.
Un autre débat s'ouvre maintenant, en apparence tranché et clair, la gratuité est elle une bonne chose?
Elle permet certes de démocratiser la culture, d'ouvrir les musées à ceux qui, en temps normal ne peuvent pas se payer une entrée, elles sensibilise également les jeunes à l'importance du Patrimoine et la nécessité de conservation de ce dernier. Mais en même temps, ne banalise t elle pas la Culture, ne la rend elle pas trop lisse. Un objet aussi beau soit-il, sera t-il considéré de la même manière s'il est vu tous les jours, sans démarche et coût personnel. La visite sera t elle la même pour une entrée gratuite et pour celui qui fait la démarche de payer pour en apprendre plus sur un artiste, un courant, une civilisation...